LA CHRONIQUE DU DIMANCHE DE BKD
Dim. 2 nov. 2025 (19ᵉ Numéro) -
Depuis quelque temps, un discours inquiétant s’installe dans notre pays. On parle d’un Sénégal divisé, d’un « Sénégal à deux vitesses ». D’un côté, il y aurait les « Kulunas », ce mot emprunté aux bandes violentes de Kinshasa, désormais utilisé chez nous pour désigner ceux qui s’opposent ou se font remarquer par leur radicalité. De l’autre, les « moutons », terme méprisant pour qualifier ceux qui obéissent, qui suivent, ou qui préfèrent le calme à la confrontation.
Dim. 2 nov. 2025 (19ᵉ Numéro) -
Depuis quelque temps, un discours inquiétant s’installe dans notre pays. On parle d’un Sénégal divisé, d’un « Sénégal à deux vitesses ». D’un côté, il y aurait les « Kulunas », ce mot emprunté aux bandes violentes de Kinshasa, désormais utilisé chez nous pour désigner ceux qui s’opposent ou se font remarquer par leur radicalité. De l’autre, les « moutons », terme méprisant pour qualifier ceux qui obéissent, qui suivent, ou qui préfèrent le calme à la confrontation.
Derrière cette apparente plaisanterie, c’est une faille sociale qui s’élargit. On la retrouve dans les rues, dans les maisons, dans les débats télévisés, sur les plateaux de radio, et surtout sur les réseaux sociaux, là où tout se répète, s’exagère et s’enracine. Des mots qui divisent, qui classent, qui humilient. Et pendant que les adultes s’écharpent, nos enfants écoutent, retiennent, copient.
Ce climat n’est pas anodin. L’histoire du monde nous le rappelle douloureusement. Au Rwanda, avant le génocide de 1994, on avait commencé par des mots : « les cafards », « les ennemis de la nation ».
Ce ne sont pas les machettes qui ont ouvert les plaies, ce sont les discours, répétés, banalisés, entretenus par des médias, par des leaders, par des voisins. Et quand le feu a pris, plus personne ne pouvait l’arrêter.
Dans d’autres pays encore, la fracture verbale a précédé la fracture nationale. Entre « bons » et « mauvais » citoyens, entre « vrais » et « faux patriotes ». Partout où les mots ont perdu la mesure, les peuples ont perdu la paix.
Le Sénégal a toujours été ce pays du dialogue, du cousinage à plaisanterie, du respect de la différence. Nous ne pouvons pas laisser les étiquettes prendre le dessus sur notre humanité. Car le jour où les mots deviennent des murs, la République s’effrite.
Ce n’est pas seulement une question politique ; c’est une question de société, d’éducation, de transmission. Il faut parler à nos enfants, leur rappeler que le Sénégal ne se divise pas en deux camps, mais se partage entre des millions de visages qui méritent le même respect.
Un pays n’avance pas en désignant des ennemis intérieurs. Il avance quand il apprend à débattre sans détruire. Le danger, aujourd’hui, n’est pas dans nos différences, mais dans la manière dont nous les utilisons.
Le Sénégal n’a pas besoin de « Kulunas » ni de « Moutons ». Il a besoin de citoyens lucides, engagés, respectueux, conscients du poids des mots. Car un mot peut blesser, mais il peut aussi reconstruire.
Et si, au lieu de nous traiter de noms d’animaux, nous réapprenions à nous regarder comme des humains ?
BKD…
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